vendredi 5 août 2011

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Je tire ma révérence et referme la porte en partant, essuyez-vous les pieds avant d'entrer.

Bonsoir

Le crissement des dents quand on mange du sable

Ils sont tous les deux attablés. Il n'est pas dans les habitudes des Lanquin de dîner si tard mais depuis quelques temps, les habitudes se perdent dans la bonne société. Comme ces valets qui disparaissent sans même donner de lettre de démission. Et le cuisinier que l'on a retrouvé mort dans la marmite qui contenait le civet de lapin. Vraiment, les bonnes manières se font rares ces temps-ci.

lundi 25 juillet 2011

La danse des éléphants

C'est lent et gras. Les mouvements de leurs chairs trop amples pour être rapides. Comme un bouton ralenti. Les gros dansent. C'était un des plaisirs du Roi. Il les faisait venir au milieu de son salon, il y en avait trois en tout. Un homme et deux femmes. Semblables à des montagnes, il les avait fait raser, trois oeufs d'autruche énormes plantés au milieu d'un amas de graisse que la peau avait du mal à contenir. Le Roi appelait toute sa cour, sa famille, ses amis et claquait des mains, deux fois, très rapidement. C'était le signal. On ouvrait les deux portes et on amenait les gros. Enchaînés par le cou, ils avaient le regard vide. Ca gargouillait, les plis étaient les uns sur les autres et une forte odeur de transpiration rance venait s'associer à la vue de ces immondes bêtes. Les gens riaient à leur vue, en les pointant du doigt. Montrant les monstres ridicule d'un doigt accusateur, ils déployaient leurs gorges vers le plafond, en éructant un rire strident sur une rangée de dents jaunâtres auxquelles se mêlaient des gouttes de salive. Puis l'orchestre entonnait une danse orientale très lente. Et, libérés de leurs chaînes, les gros dansent. Ils bougent lentement le tas qui leur sert d'enveloppe charnelle et c'est répugnant de voir toute cette viande onduler au rythme hypnotisant des instruments. Ils ne marchent pas, ils sont tous les trois en triangle et bougent en affrontant le regard des Autres qui rigolent plus fort encore.

Ils sont semblables et seuls leurs sexes les distinguent. Ils ont tous le crâne chauve soutenu par trois ou quatre mentons qui supplantent leurs cous. Les seins viennent s'affaler comme des phoques épuisés sur la banquise de leur panse gargantuesque. Ca déborde, des gens vomissent.
Il est difficile à croire que ce spectacle glauque qui mêlait toute la graisse humaine, les odeurs corporelles les plus aigres et le rire le plus cruel fut un des plus appréciés du Roi

dimanche 24 juillet 2011

Un gelato al limon

Quand je lui ai dit que j'y arrivais pas, il s'est mis à rire.
"Pourquoi t'y arrives pas ?
-J'sais pas, ça bloque, c'est trop rapide, j'dois penser à trop de trucs en même temps
-Voilà, c'est ça ton problème, tu penses trop, arrête de penser un peu, faut que tu te lâches, que ça vienne naturellement"
Il en avait de bonnes lui, arrêter de penser et laisser venir naturellement. Quand j'ai connu Lucilio, il portait le même costume beige, la même coupe impeccable et gominée, les mêmes souliers cirés et avait toujours une cigarette au coin du sourire. Et j'vous dis ça mais je le connais depuis dix ans. Et déjà à l'époque il faisait ronfler sa guitare comme personne. Ça partait dans tous les sens en restant mélodieux, et il jouait même pas de la guitare, il avait un jour posé ses mains sur ses hanches en bois et depuis il l'avait aimée chaque jour un peu plus. Ça vous jouait Minor Swing mieux que Django et avec un visage aussi serein qu'un moine tibétain. Une pointure, un cador, des comme on n'en fait plus j'vous dis. Et puis un jour moi aussi j'ai voulu retomber amoureux et poser mes mains sur des hanches alors je lui ai demandé.
C'est pas croyab' ce type, regardez-le. Des araignées à la place des mains, un rythme du tonnerre, et il trouve encore le moyen de raconter une connerie ou un mot doux à l'oreille de la serveuse. Faut dire que Hélène est sacrément jolie. Seulement voilà, Hélène on la couillonne pas comme ça. Y'a ptêt des serveuses désespérées qui regardent pas trop à qui les tripote dans des hôtels miteux, mais Hélène elle serait plutôt du genre à vous promettre le grand soir juste pour rire et à briser tous vos espoirs d'un sourire qui veut dire "t'excite pas garçon, c'est un jeu va".

"Lucilio, j'y arrive pas
-Regarde ta gratte au début, ça viendra tout seul
-Facile à dire, toi t'y arrives déjà, tes débuts ça fait longtemps que tu les as oubliés
-Crois pas ça p'tit gars, j'oublierai jamais mes débuts"

A ces mots, Lucilio sourit un peu plus doucement. J'insiste pas, c'pas le genre de type à qui on demande de déballer sa vie. Je réessaie. C'est toujours aussi mauvais mais à quoi bon, autant continuer. Il m'accompagne à la pompe et moi j'improvise un peu comme je peux. Ah ils sont beaux les frères manouches, un duo comme ça, c'est rare mon ami. Ca frise, ça sonne trop bas, puis trop haut, puis ça s'étouffe, je me noue les doigts et Lio éclate de rire. J'boude, j'sais pas, ça me rend fou que ce soit aussi compliqué et que ça paraisse pourtant la chose la plus naturelle du monde.

"Allez, on verra ça demain, j'sens que tu t'impatientes là
-Ouais, je sais pas, j'ai l'impression d'avoir des mécanismes rouillés à la place des doigts
-Je te le dis, si tu veux vraiment réussir, t'emmerdes pas avec le nom des accords, des gammes etc. Au début si, parce qu'il faut bien apprendre où sont les différents sons et tout ça mais après, ne joue pas, n'apprends pas de morceaux. Vis"

Il m'a serré la main et est parti dans la direction inverse. J'ai réfléchi à ce qu'il venait de me dire.
Je trouve ça merveilleusement pathétique de réfléchir sous la pluie mais ça n'appartient qu'à moi.

jeudi 21 juillet 2011

10:48

C'est prétentieux tout ce que j'écris là. C'est horriblement prétentieux.

mercredi 13 juillet 2011

Le temps ralenti roule rougeoyant

Je vois tout tomber autour de moi, en pluie de gravats, ça s'écroule. J'en n'ai rien à foutre, je n'ai plus rien à perdre. Je vois une flamme s'avancer vers moi et soudain je suis assis sur les genoux de ma mère, en train de pleurer pour une écorchure qui fait pas si mal mais j'avais vraiment envie d'un câlin. Je me revois tendre la main timidement pour prendre la main de la jolie brune aux yeux verts qui me sourit en m'aimant. Je la revois dans une mare rouge s'éloigner tout doucement. Je me rappelle de ces heures, de ces jours et de ces nuits où j'oubliais tout en me plongeant dans des piles de bouquins, et je me rappelle de ce premier meurtre. Il faisait sombre. J'étais angoissé comme jamais, sachant pertinemment que ce geste allait changer ma vie. J'ai toujours eu peur du changement. Mais en même temps, comment vous dire, j'en avais toujours eu envie. Alors je l'ai fait. J'ai bâillonné de la main la demoiselle et de l'autre je lui ai planté mon couteau dans le dos, la gorge et le ventre. Sans lâcher ma prise, je l'ai planté comme ça. C'était facile, la lame entrait tout naturellement. Seul me dégoûtaient les bruits des estocs et des gargouillis de chair et de sang. Quand elle s'est affaissée et est restée silencieuse, je l'ai lâchée. Il n'y avait personne dans la rue. J'étais transpirant, couvert de sang. Je suis parti, j'ai couru loin d'ici mais j'avais encore l'envie de tuer. Pas un besoin, juste une envie.

Depuis ce jour je tue. La police a retrouvé ma trace et monte dans l'escalier. J'ai ouvert le gaz. La porte s'enfonce sous les coups du bélier et les gardiens de la paix entrent dans l'appartement en trombe.

Allument la lumière.

Une explosion terrible. Tout s'est ralenti d'un coup. Les murs éclatent, les vitres aussi, m'entaillant la peau. Je sens mon oeil se crever sous l'impact d'un morceau de verre trop coupant tandis que de l'autre, je vois une flamme s'avancer vers moi. Je vois tout tomber autour de moi, en pluie de gravats, ça s'écroule. J'en n'ai rien à foutre, je n'ai plus rien à perdre.

lundi 30 mai 2011

Dégueulasseries

C'est fou d'aimer à ce point l'autodestruction, scruter toutes les parcelles de sa peau, trouver celle qui est blessée et appuyer très fort dessus, juste pour ressentir une électricité qui fait grimacer, la simple réaction d'un nerf qui fait ça pour qu'on arrête d'appuyer dessus mais on continue, et petit à petit, on perce la peau d'une gouttelette vermeille et petit à petit on passe au travers des tissus, des muscles, des veines dans un déchirement inaudible et dans une douleur de plus en plus grande à chaque couche traversée. On arrive à l'os, mais cette fois ci, ce n'est pas un simple point qui est percé mais une faille, une fissure qui s'écarte au fur et à mesure de la progression, arriver à la moelle osseuse et continuer, passer de l'autre côté. Tourner la lame, juste pour briser pour de bon cette chose et continuer, percer à nouveau toutes ces couches, et finir par déchirer la peau encore une fois dans un flot de sang atrocement sensible. Et pendant cette lente écorchure, hurler, hurler à pleins poumons, à s'en irriter la gorge et à en arracher les cordes vocales, sentir le métal de l'hémoglobine vous emplir peu à peu la bouche, et une fois que vous n'avez plus la place pour laisser passer de l'air, devenir une fontaine macabre, qui dans un gargouillis immonde continuera de hurler, de se brûler les cordes vocales, pour le simple plaisir des sens.

Je déteste le corps humain, trop flasque, trop blanc, sans surprise, le corps des garçons est horrible et plat, difforme et décomposé, voué à l'échec de la mortalité. Être un Adonis et se vouer dès la naissance à la putréfaction pourrissante moisissurienne la plus ignoble, dévoré par les vers, creusé par les mouches, les humeurs stagnantes commençant à libérer les senteurs que même les Enfers ne recèlent pas. L'oeil autrefois vif devient jaunâtre, vitreux, se liquéfie et finit par pourrir, comme le reste et d'ici quelques années il ne restera de vous que quelques dents et une montre à gousset détruite depuis longtemps, n'imaginez pas être supérieur pour telle ou telle raison, tôt ou tard on vous charcute et vous vous rappelez que vous êtes absurde

mardi 15 février 2011

Une étreinte violente et soudaine

Il avait embrassé la Mort. Elle avait les lèvres douces et un regard pénétrant. Il avait soudainement décidé d'avaler une liqueur qui l'avait rendu ivre pour toujours. Mesdames et messieurs, de bon augure, bonsoir.

lundi 14 février 2011

L'asile est pour les fous. Question: qui sont les fous ?

Honnêtement, je doute de ta sincérité
-J'ai été on ne peut plus sincère
-Et ton visage ?
-Quoi mon visage ?
-Personne ne l'a jamais vu
-Évidemment, j'ai pas d'visage
-Et tu ne t'en es même pas fabriqué un ?
-Non. Les gens s'en sont fabriqué un pour moi avec ce que je leur ai dit
-Mais ce n'est pas ton vrai visage
-Ils sont tous vrais puisque je n'en n'ai aucun
-Mais ce ne sont que des images, ils ont forcément chacun une part d'erreur
-Alors ils sont tous faux.
-Je ne te comprends plus. Tu joues les grands penseurs, les torturés, arrête un peu, sois vrai.
-Je suis vrai, je ne joue rien. Je suis perdu, complètement, j'y peux rien. Je demande pas mieux que d'être sûr de tout, ne plus m'angoisser pour rien, juste suivre un chemin que j'aurais déjà tracé. Seulement j'peux pas, j'y arrive pas
-Alors pourquoi tu répètes le contraire tout le temps ? Tu veux tout le temps être différent, tu craches sur les gens en permanence, parce que tu les trouves cons à tout prévoir
-J'suis paumé je te dis ! Tu comprends pas ça ? J'ai jamais su ce que je voulais vraiment.
-Jamais ?
-Si, une fois, et ça s'est pas goupillé comme je le voulais.
-C'était pour quoi ?
-Pour rien, arrête de poser des questions, tu m'emmerdes à la fin.

jeudi 3 février 2011

A place where fever has no end

Le bateau s'avançait. Il perça les nuages et apparut, magnifique dans le ciel. Vincent l'avait attendu là, patiemment, en regardant le vent danser. Le vaisseau s'immobilisa à flanc de roche et le petit garçon grimpa dedans. Lentement, il sentit les voiles se gonfler, la coque craquer, de la proue à la poupe. Il sentit le mouvement lent des choses majestueuses qui se meuvent, et vit la falaise s'éloigner. Sa tente de fortune était bien loin maintenant, il se sentait libre, les embruns aériens lui fouettaient le visage et il souriait, sur son navire. Combien de temps avait-il mis à venir ? Vincent ne saurait le dire. Il savait juste que l'embarcadère était là, il y a vécu tant que le bâtiment ne se présentait pas. Mais maintenant il était là, et bien là, il avait juste eu à faire un pas et à attendre que la physique ne l'attire vers des profondeurs oniriques où les rêves sont le Monde.

La suite du voyage de Vincent ici

lundi 24 janvier 2011

Un petit pot en bois où il rangeait tous ses souvenirs

Et ils tournent et tournent et tournent, les deux danseurs amoureux, ils valsent et s'éloignent, se rapprochent et s'enlacent au son de la septième, la descente au piano, un deux trois un deux trois un deux trois un deux trois, ils ne se quittent pas des yeux les deux enfants, quel âge ont-ils ? Sept ans ? Douze ? Vingt ? Soixante ? Le Temps ne les prend pas, il observe la scène, amusé, et touché, comme tous les spectateurs, et les danseurs, immortels voient passer et revenir les années, enfants, lorsqu'ils cueillaient des mûres dans la campagne à côté de la maison familiale où ses parents à elle et ses parents à lui passaient les vacances ensemble. Adolescents, lorsqu'au sortir des jeux insouciants ils s'embrassaient à l'ombre des peupliers, les pieds nus dans l'herbe frôlant la rivière. Elle jeune femme et lui jeune homme, dans son beau costume d'ingénieur et elle dans sa robe d'été quand ils se retrouvaient sur un quai de gare et s'enlaçaient en riant au nez des jours de pluie. À l'heure où la fougue devient sagesse et où les marronniers se teintent d'or et de pourpre, quand dans les allées du parc, ils marchent main dans la main, toujours amoureux, un sourire mélancolique, triste que cela doive finir bientôt et heureux d'avoir vécu l'un aux côtés de l'autre. Ils valsent, les deux amoureux, ils tournent et tournent et tournent, se rapprochent et s'enlacent au son de la septième, qu'un monsieur appelé Frédéric a composé il y a longtemps, comme pour qu'ils puissent être heureux

lundi 17 janvier 2011

Now Peter !

Des pas. Qui se rapprochent. Une course rapide. C'est l'automne et les ruelles qui la journée restent calmes se mettent à rire, à crier, à parler fort et à courir. On vient de terminer l'école. Les serviettes en cuir sont balancées dans les caniveaux et les culottes courtes s'arrêtent uniquement pour jouer aux billes. Les terrains vagues sont envahis par des groupes de copains qui jettent leurs cartables dans un coin avant de s'amuser à se bagarrer pour de rire. Puis on rentre. Et maman nous gronde, parce que t'as vu l'état de ta chemise et de tes souliers ? On voit bien que c'est pas toi qui fais le ménage et que si ça ne tenait qu'à elle et si y'avait pas le qu'en dira-t-on de madame Pinchard, elle nous laisserait sortir comme ça, pour nous apprendre à prendre soin de nos affaires non mais, allez, file dans ta chambre et va repasser tes leçons, et mets un pyjama propre. Et va te laver les mains et la figure, et passe-toi un coup de peigne, on se demande bien chez qui tu as été élevé.
Puis papa nous fait repasser nos leçons, 1515 n'est pas la mort de Charlemagne et 8x12 ne sont pas égaux à 124. On l'avait pas volé celle-là. Qu'importe, on deviendra mousquetaires, et un mousquetaire n'a pas à se soucier des chiffres, il se contente juste de se battre à l'épée contre les fâcheux et les maroufles et sauve les jolies demoiselles, au fond, pourquoi on voudrait faire autre chose ?

dimanche 16 janvier 2011

Entre chien et loup

Tous les trois dans le salon, installés sans un bruit. La nuit commence à tomber. C'est une chaude nuit du début de l'été, le dernier jour d'école, le dernier jour de travail avant deux longs mois de vacances. La télévision diffuse sa lumière bleutée dans la pièce et le son a été baissé au point de la rendre muette. Bientôt, Papa rentrera et ils fêteront le premier soir des vacances. Chloé est allongée par terre, un livre devant elle, Maman est assise dans un fauteuil face à l'écran et le petit Théo, qui n'a que deux ans est assis dans son parc, parmi ses jouets. Ils ont baissé le son pour entendre arriver Papa et lui faire une surprise: ils lui ont fait un gâteau. A l'heure du chien et du loup, le bruit d'une voiture se fait entendre, et Papa arrive enfin. "Hého ?" fait-il, un sourire aux lèvres, l'anniversaire surprise en famille est devenue une sorte de tradition, qui ce soir est couplée à l'arrivée des Grandes Vacances. Il s'avance dans le salon et les voit. Chloé, deux balles dans le dos et le crâne éclaté est allongée par terre, un livre devant elle, Maman, dévêtue, le corps portant de nombreuses traces de coups est dans le fauteuil, la mâchoire arrachée, face à l'écran et le petit Théo, qui n'a que deux ans est assis dans son parc, parmi ses jouets, le crâne enfoncé et une mare de sang entourant son petit corps.
Papa entend alors une voix derrière lui, qui lit la banderole colorée que sa petite famille s'est appliqué à faire en rentrant de l'école "Happy Birthday to you, et joyeuses vacances, Papa"

dimanche 2 janvier 2011

"Prendre un bain de minuit dans le grand océan"

Entouré de livres, d'une boîte d'aquarelle et c'est tout. Il n'était pas très âgé, cinq ans, six tout au plus. Éclairé par une petite chandelle qui était la seule source de lumière qu'il ait jamais connu, le petit garçon conversait avec les anges, enfermé dans une pièce poussièreuse qu'il considérait comme son refuge. Vincent n'avait jamais connu que ça, cette petite pièce hors du temps. Elle était sûre, chaleureuse et vous protégeait du reste du monde. Il s'asseyait au centre de la pièce et regardait la flamme de la bougie qui dansait. Et il lui parlait, lui racontait ses craintes, ses peurs, ses doutes et ses certitudes et la flamme l'éclairait du mieux qu'elle pouvait, ça lui suffisait à Vincent, il n'avait jamais connu que ça.
Un jour que le petit garçon se réveillait dans son antre, parmi ses bouquins. Une porte était apparu dans un angle de la pièce. Pas très grande, en bois sombre. Il fallait vraiment vouloir regarder pour savoir qu'elle était là, on ne la voyait pas en un coup d'oeil et la chandelle n'en éclairait qu'une petite partie. Vincent s'approcha et posa la main sur la poignée. Elle était glacée mais il avait envie de pousser cette porte. Son refuge, sa tanière ne lui suffisait plus, il voulait voir autre chose que la douce étreinte de l'ombre qui le berçait le soir et le faisait s'assoupir, un livre dans la main. Il voulait enfin avoir quelque chose à faire avec sa boîte d'aquarelle. Il poussa la porte. Soudainement, une immense lumière éclaira la pièce, venant du Dehors. Il fit un pas vers la Lumière et se retourna une dernière fois vers son Secretoire. Et il vit la véritable apparence des choses. Ses livres étaient imprimés à l'envers ou bien ne consistaient qu'en des pages blanches. Le sol était couvert de poussière, les murs de toiles d'araignées. L'obscurité qu'il avait aimé comme une mère avait disparu et il se trouvait là, face à la Vérité. Il avança vers la Lumière, avec son aquarelle et son chandelier.