jeudi 23 décembre 2010

La douceur de sa peau qui venait embrasser mon regard

Chopin. Nocturne n°2. Quelques notes au piano, douces. De petites gouttes de cristal qui tombent sur un velours pourpre. Le réveil d'une jolie demoiselle. Le soleil vient de traverser la fenêtre de sa chambre et s'est allongé à côté d'elle en lui caressant le visage. Elle ouvre tranquillement les yeux, se réveille dans son grand lit aux draps blancs. Un joli dimanche lumineux comme dans les tableaux de Monet. Elle s'étire, un fin sourire aux lèvres. Elle se lève, en direction de la fenêtre et attend comme chaque matin de voir passer ce jeune homme, aux alentours des neuf heures. Il arrive, de sa démarche calme, elle le voit en bas dans la rue. A demi cachée derrière les rideaux, elle le regarde. Elle ne connaît pas son nom, ne sait pas où il habite, ce qu'il fait dans la vie, ni rien. Mais ça ne l'intéresse pas. Elle boit un chocolat chaud en regardant la rue prendre vie peu à peu. Le matin est doux, le ciel est clair et Mademoiselle se sent heureuse.

samedi 18 décembre 2010

Les araignées dansent une java folle au son des Balkans

Elle était au milieu de l'Église. Menue, petite. Elle souriait. Elle tenait un violon dans sa main gauche, l'archet dans la droite. Sous l'invitation du Silence, elle cala son menton sur le violon et déposa délicatement l'archet sur les cordes. Les doigts sur la touche se mirent à bouger, lentement puis de plus en plus vite, et tandis que les pattes de cette Araignée joyeuse s'animaient, l'archet allait et venait et une musique déchirante et gaie à la fois. Et la petite violoniste souriait. C'était la première fois que je voyais quelqu'un d'aussi heureux en jouant, et c'était aussi la première fois que je voyais un musicien aller aussi bien avec son instrument, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde que cette dame joue du violon et pas autre chose. Je dis cette dame mais elle paraissait enfant quand elle jouait. Un tel rythme, et une telle mélodie sortait du violon, rugueuse et douce à la fois, la musique envahissait l'Eglise entière et nous faisait sentir des odeurs, nous faisait voir des images, et je ne pouvais décoller les yeux de cette araignée qui courait sur la touche, habitée par une énergie qui la faisait danser comme une folle, de plus en plus vite, pour finir le morceau, en s'arrêtant soudainement, quelques notes finissaient et c'était tout. On ne regrettait pas la fin du morceau, on était content qu'il ait existé. La musique qui m'a été offerte ce soir-là était humaine, de celle qui vous élève l'âme et vous transporte vers l'Ailleurs, pour le plaisir de jouer, pour le plaisir du rythme, pour le plaisir des notes, pour le plaisir des sens.

mardi 14 décembre 2010

My Own Mad Hatter

Il était assis contre un immense chêne. Les nuages roulaient au-dessus de lui. Il regardait dans le vague, la pointe de son couteau tournée vers le coeur. Le vent soufflait. Il suffisait d'un geste. Il suffisait de se laisser glisser tout doucement vers ses bras, vers sa voix toute douce qui chantonnait en nous berçant. Sa voix qui nous endormait. L'obscurité se creva et apparut alors un rayon. Un de ces rayons qui chauffent instantanément. Il vit la Nature renaître, le Soleil gagnant sur l'Ombre et éclairant tout au fur et à mesure de l'ouverture qu'il avait faite de son rayon acéré. L'herbe devint verte, les arbres s'illuminèrent, de jaune, de rouge, de marron. L'or des forêts lointaines se mêlait avec l'émeraude des sapins, tout semblait pousser un énorme cri de triomphe, comme si ce réveil était le signe d'une victoire. Il replia son couteau et le rangea dans sa poche. Il suffisait d'un geste. D'un réveil de la nature, d'un rappel de la Beauté Originelle, il suffisait d'un geste pour l'endormir comme pour le réveiller.

jeudi 9 décembre 2010

"Tu nous cours avec tes scorpions, y'a que ça, on se croirait dans le Sahara"

J'écoute Brassens. Vous savez le moustachu qui pompe sa guitare tel un Shadock, roule les "R" et chante d'une voix d'un autre temps des textes grivois, tristes, ou bien terriblement poétiques ? Ca a beau être démodé pour certains, je ne peux pas m'empêcher d'adorer ce monsieur. Comme un grand-père qui chante l'Amour, les filles de joie ou celles qu'on aime et celles qui sont parfois les deux. Celui qui critiquait la société brillamment au détour d'une seule phrase ou d'une tournure qui sortait d'une voix un peu rustique, un peu brute, dont on fait n'importe quoi, sauf naturellement les flûtes. Je saurais pas vous dire ce que je ressens quand j'écoute ses chansons. Elles sont vieilles et pourtant intemporelles et la guitare, que l'on pense répétitive est pourtant mélodieuse pour qui veut bien l'écouter vraiment. La voix d'une époque perdue, où les putains étaient encore respectées, le temps des copains d'abord et où la galanterie n'était pas quelque chose d'exceptionnel.

vendredi 3 décembre 2010

Plume trouvée par terre et couleurs attrapées dans les airs

"La confiture ça dégouline, ça coule coule sur les mains, ça passe par les trous d'la tartine, pourquoi y'a-t-il des trous dans le pain ?" se demandent les Frères Jacques.

Dans ma tête, les valseurs amoureux dansent et cassent tout dans la maison du vieux peintre qui s'affole et qui ne comprend pas comment ils ont crevé la toile et comment les faire retourner dans le tableau. Il y a l'histoire de ce chapeau qui fait flotter son porteur. Il y a ce procès angoissant où l'accusé et le juge sont une seule et même personne. Il y a cette souris aventurière, qui fume et boit du whiskey et joue du jazz sur un piano entre deux tirs de revolvers dans les rues de New York dans les années 30.

Quel bordel quand tout ça est mis dans la même pièce.

jeudi 2 décembre 2010

Un sifflement perçant et puis plus rien

J'ai poussé la porte qui s'est ouverte en grinçant. La pièce était d'un noir d'encre, on n'y voyait rien mais je m'en foutais, je voyais que la Chose était là, et je percevais ses moindres déplacements. Elle se terrait dans un coin, s'enveloppant dans l'obscurité, espérant échapper à ma lame. Tout d'un coup elle a couru et s'est jetée sur moi, me projetant à terre. Je ne lâchai pas mon poignard. Je sentais sa présence derrière moi. Son souffle glacial et ce murmure horrible qui depuis trop longtemps me susurrait des mots obscurs, violents, sans aucune joie.
Ses pattes d'ébène se posèrent sur mes épaules et j'entendais sa voix se faufiler dans mon oreille, comme de l'eau très froide "Allez, laisse toi exploser, une bonne fois pour toutes. Après c'est juste les ténèbres comme tu les as connus depuis toujours, arrache le monde à la simple force de tes griffes, et venge-toi". Je n'en pouvais plus de ses mensonges, de cette malédiction que j'avais accueilli dans mes entrailles. J'ai délicatement enlevé sa main de mon épaule et me suis retourné, face à elle. Elle était là, avec ses huit longues pattes, son aiguillon suintant d'un venin acide et fumant. Son corps était noir, vaporeux et solide à la fois. J'y voyais des visages déformés par la Haine, la Colère, l'Indifférence, la Tristesse et la Désolation. Ces visages étaient les miens, enveloppés par un brouillard ténébreux qui formait le corps du Scorpion. J'ai tiré mon arme de ma ceinture et je l'ai martelé de coups, comme je l'avais fait maintes fois auparavant avec d'autres choses. Je lui ai tranché la gorge, lacéré les tripes comme il avait lacéré les miennes et je lui ai planté le couteau dans ce qui lui servait de coeur, une pompe répugnante qui se contentait de s'agiter au milieu de ce corps immonde. Son sang se constellait sur mon visage et mon corps, en petites gouttes noirâtres qui disparaissaient aussitôt en s'évaporant
Un sifflement perçant puis plus rien. Les restes du Cadavre tombaient en cendre et je laissai ma lame plantée dans l'organe qui le maintenait mort à présent. J'ai ouvert la porte et la lumière nouvelle m'éblouit. Je claquai le battant de bois derrière moi et la pièce disparaissait, emportant avec elle le Mal et la Violence qui m'emplissaient et qui avaient fusionnés, se détruisant l'un l'autre.

Je montai l'escalier me sortant de ce manoir affreux et regardai l'horizon devant moi. Fait d'une mer calme, d'un ciel bleu, d'un champ battu par les vents qui vous donnent envie de danser avec eux et d'un arbre ancien qui m'offrait son ombre et ses branches. Je me suis retourné et le bloc d'Onyx qui renfermait le Scorpion avait disparu, à sa place subsistait un papillon de papier sur une tasse de café.

mardi 30 novembre 2010

Un rayon de soleil dans un grand ciel blanc et froid. Pourtant ce simple trait de lumière me réchauffait assez les zygomatiques pour sourire à nouveau

J'ai décidé de tuer le Scorpion et de me mettre à vivre un peu.

Bonjour à tous.

lundi 29 novembre 2010

Le scorpion m'a ouvert les entrailles pour y déposer le plus noir de ses venins

Comme une déchirure soudaine. Le scorpion avait hurlé et son râle violent, perçant et glacé m'avait écorché les tripes.

jeudi 25 novembre 2010

'Cause boys don't cry

C'était à cette heure de la nuit où tout dort. Minuit, l'heure où les vampires sortent pour écouter les frères Jacques ou embrasser des filles-arbres. La route est éclairée par la lune et je vois mon ombre qui s'allonge devant moi. Je fais peur avec ce manteau, on dirait Jack l'éventreur, ou un grand oiseau de mauvais augure. Le long d'une route, sans aucun bruit. Au loin, une danseuse papillonne en chantant "I wanna be loved by you" de Mademoiselle Monroe. J'ai The Cure en tête et je regarde les étoiles, j'y reconnais la petite Ourse. L'autre constellation que je connais je la vois pas. Je trouve une idée pour un dessin et soudain surgit un souvenir au hasard. Je souris. Je m'arrête en plein milieu de la forêt sur ce rocher. Je regarde le ciel un peu. C'est joli quand il y a peu d'étoiles mais qu'elles sont comme éclatées. Un point où il y en a plein et le reste est caché ça et là. Le bruissement des feuilles, comme un chant très doux qui s'élève dans la nuit. Pendant une soirée le scorpion a arrêté de hurler.

lundi 15 novembre 2010

Un rare sourire en cette journée novembresque

Scorpion

O rare and perfect creature
Who has made your nest in me
I'm on my way home to you
singing with the lips
you bloodied out of jealousy
I am your world
I am your wall
You are the last scorpion
Who never longed to be a man
It is only in my heart
that you can dream
of your relentless invasion
of the sunlit plain
when you moved among the numberless
and a woman far more beautiful
than I am
was your invisible queen
Scorpion scorpion
master of the hollow stone
I will not let them crush you
I do not like their reasons
My heart is numb and swollen
from keeping you
in the safety of your anger
I never could foretell
the loyalty that would claim me
They will not wear you on a brooch
they will not watch you
in a paperweight
I am your dominion
I am your exercise
You hate the world I visit
and I am punished
by your solitary truth
Everything you say
about the world is true


Trouvé par hasard dans un bouquin de poèmes de L. Cohen, j'ai trouvé ça amusant comme coïncidence

Les scorpions et les araignées dansent un tango diabolique

"I'm beginning to hear voices and there's no one around
Well, I'm all used up and the fields have turned brown
I went to church on Sunday and she passed by
And my love for her is taking such a long time to die
I'm waist deep, waist deep in the mist
It's almost like, almost like I don't exist
I'm 20 miles out of town, in Cold Irons bound"

Bob D. Cold Irons Bound

dimanche 14 novembre 2010

And I say I don't know what's going on

Comment peut-on en être réduit à ça ? A un simple scorpion qui vous noue les entrailles, vous donne envie de vomir et vous regarde vous traîner de son air hautain ? Comment peut-on en arriver à voir tout en noir au point de vouloir rejoindre le Grand Inconnu ? Par quelle force cette bête peut arracher toutes les émotions qui nous constituent et fait s'effriter le doux masque de l'Insouciant Sourire ? Comment est-elle arrivée là, cette chose immonde et glaciale ? Y est-elle depuis toujours ? Etait-elle reclue dans un coin d'Ombre en attendant le moment propice pour lancer à la vitesse de l'éclair son épée sur mes entrailles ? Comment faire pour me débarasser du venin ? Existe-t-il un antidote ou bien suis-je condamné à sentir ses huit pattes froides courant le long de mes parois et son aiguillon dressé comme une épée de Damoclès , prêt à s'abattre impitoyablement à n'importe quel moment, à n'importe quel endroit ? Le Scorpion me rend fou et s'en félicite; c'est exactement ce qu'il veut, que je devienne fou et que je rampe à ses pieds, mortel et si vulnérable. Il veut avoir un contrôle total et se délecte de la vacuité qui emplit mon enveloppe. Il triomphe, majestueux, paradant dans le désert de mon corps et de mon esprit, contemplant ses sujets: l'Absence, l'Indifférence, le Vide.

vendredi 5 novembre 2010

Waltz n°7 in C sharp minor, Op. 64, 2

Paris. Un dimanche après-midi d'automne. Il pleut de ces pluies joyeuses où le ciel a une teinte grise et sépia. Un air de Chopin s'échappe d'une fenêtre ouverte et une plume volette dans l'air. Le claquement des talons aiguilles sur les pavés glissants. Le battement régulier des passants sur les escaliers de Montmartre. La danse des parapluies noirs qui courent le long des trottoirs. La plume tombe en tournoyant telle une danseuse et se pose doucement sur un banc dont la peinture écaillée est martelée par la pluie. Le parc est désert, la fontaine est éteinte et les allées de gravier deviennent des chemins de boue glissants où les enfants ne courent plus bruyamment. Il y a bien longtemps que ce parc est ouvert et il a vu défiler les ombrelles et les longues robes claires des dames endimanchées venues là pour lire un roman d'amour et laisser les enfants jouer au cerceau. Il a vu les jeudis ensoleillés jouer les culottes courtes sur les pelouses pourtant interdites et près du bassin, quand ce n'était pas dedans. Il a vu des papas qui emmenaient leurs fils pour essayer le nouveau cuirassé télécommandé et s'est rendu compte que c'étaient les papas qui jouaient le plus avec, un sourire enfantin accroché au visage pendant que le fiston boudait et attendait impatiemment que son père se rappelle que 40 ans est un âge bien trop élevé pour devenir amiral.
Ce parc a vu des centaines d'histoires se faire et se défaire ici. La jeune fille qui venait ici toutes les semaines pour prendre l'air et qui un beau jour sur son banc a trouvé ce charmant jeune homme perdu qui s'était posé là par hasard. La femme triste qui pleurait sur son banc en regrettant les jours heureux. L'enfant qui s'était égratigné le genou et qui séchait ses larmes à côté de sa maman toute douce qui lui avait acheté une glace pour le consoler. La vieille dame qui donnait à manger aux canards, le vieux monsieur qui regardait dans le vague. L'écrivain qui venait trouver l'inspiration là. Les jeunes gens qui se promenaient en s'enlaçant du regard. La jeune mère qui promenait son bébé dans son landau. Et les vagabonds qui venaient jouer un peu d'accordéon ici. Les oiseaux se promenaient et papillonnaient et tout ce petit monde était contenu à travers les âges dans ce square. La plume reprend son envol sous une brise légère et doucement, la pluie s'arrête. Je vois bien que je vous parle trop. Ecoutez seulement le titre et regardez la scène, mademoiselle ou bien monsieur. Vivez, je vous en prie. Merci d'avoir pris le temps de m'écouter, je reviendrai un autre jour, c'est promis, sur ce même banc, j'aurai le même parapluie sombre et encore une histoire à vous raconter, alors à la prochaine ma chère ou mon cher, je me retire dès à présent.

Le flottement de vos Oniries mêlé à l'onde transparente des eaux de la mémoire

Se souvenir, et imaginer.

C'est assez bizarre et amusant de se rendre compte comment l'esprit change la réalité. C'est effrayant et excitant de prendre conscience d'un tel pouvoir. L'imagination, la faculté de créer. D'une simple feuille, d'un pinceau et d'un flacon d'encre de chine, tirer une créature, une femme, un homme, un monde. De l'agencement de certaines lettres choisies et du choix d'un sens donné à chaque mot arriver à montrer des images à ceux qui savent que faire de ces lignes. D'ondes plus ou moins savamment agencées parvenir à réveiller des émotions, nouvelles ou enfouies. Je ne comprendrai jamais les gens qui n'aiment pas la musique, le dessin, l'écriture ou la lecture. Je ne comprends pas comment les gens peuvent se passer de l'Art.
Certains sont plus doués que d'autre mais chacun à sa volonté propre, et comme disait Van Gogh qui maintenant ne va plus très bien "Il ne faut point mépriser ce qui est Médiocre, et savoir que cela aussi représente quelque chose, que l'on arrive à ce Médiocre qu'au prix d'une grande source d'efforts".
Comment peut-on se passer d'une telle puissance, d'une telle liberté, d'un tel refuge ? Comment peut-on ne pas s'y intéresser et y renoncer parce qu'on ne se trouve pas doué ? Dessinez, jouez votre musique, écrivez, continuez sans relâche pour arriver à quelque chose et n'abandonnez pas, donnez votre vie à l'Art. Je le veux.

samedi 30 octobre 2010

"C'est marrant ce matin je me suis réveillé avec du sang dans la bouche"

Il y a un scorpion dans mon ventre. Je le sens qui court le long de mes parois organiques. Il s'affole. Il est froid. Parfois il me darde de coups, et frappe, rapidement, trois coups au hasard, il s'en fout de savoir où frapper, il sait que ça fera mal à chaque impact. Il se sait prisonnier, fait un nœud avec mon ventre et contemple satisfait l'œuvre qui est la sienne. Une coquille vide, indifférente qui obéira à ses moindres ordres, en se tordant à chaque fois que son aiguillon d'ébène la transpercera de part en part pour y insuffler son venin immonde et glacial, et là, il attendra patiemment son heure au creux de sa forteresse de chair et de sang noirci.

mardi 19 octobre 2010

Devenir un Anonyme parmi la foule se voulant Originale

Plonger les mains dans ses poches. Regarder droit devant soi ou bien ses pieds. Faire comme si l'on se réfugiait dans sa musique comme tout le monde dans l'attente matinale de l'autocar qui nous transforme en zombies affamés dès qu'il arrive. Laisser les autres penser ce qu'ils veulent de vous en affichant une posture banale. Et s'envoler. Partir loin de son corps et du monde réel, s'envoler très haut, là où on ne peut plus avoir le vertige puisqu'on ne voit plus rien d'autre que le ciel et l'air glacé qui fouette votre visage à chaque battement d'ailes.
Voir passer devant vous des baleines immenses et des sirènes graciles qui vous frôlent de leurs cheveux en nageant dans l'onde aérienne. Faire une course contre les aigles et piquer soudainement pour ressentir cette extase qui noue lorsque l'on tombe sans rien pouvoir faire. Imaginer un courant d'air chaud qui vous berce à 3000 m sur terre, sentir tomber la pluie qui vous rafraîchit le visage, avoir soudainement froid à la joue et au bras. Se rendre compte que l'on a plus ses ailes et tomber, très vite et très longtemps, sentir cette boule qui se forme au creux de l'estomac lorsque la gravité vous rappelle que vous devez retourner à la Terre. Voir le sol s'approcher, 50, 40, 30, 20, 10. Tomber. Se réveiller en sursaut contre une vitre de bus glacée.
Être arrivé.

dimanche 3 octobre 2010

"Tout ce que vous peignez pourra être retenu contre vous."

Je suis sorti du musée, des tableaux et des mots plein la tête.
Puis j'ai marché, je sentais le claquement de ma chaussure sur le goudron, sur les pierres.
Il faisait beau. Il y avait une brocante, j'ai regardé ce qu'il y avait, des souvenirs en fer blanc et des jouets d'un temps révolu, des jouets qui n'intéresseraient plus les enfants du siècle, car ce sont de bêtes soldats de plomb, qui ne bougent pas, ne font pas de bruit ou de lumière. Il y avait des vieux livres. Un album de Sempé, je l'ai feuilleté. Un opéra bondé de gens de la bonne société. Sur scène, la cantatrice, un chanteur et dans la fosse, les musiciens, sérieux comme tout. Sauf un, qui fait un signe à sa famille au balcon, et parmi tout ce beau monde sérieux et masqué selon la coutume des sorties culturelle, la famille du petit musicien le voit, une jeune fille sourit, se retourne et dit aux autres "ça va être à lui". J'ai souri. De cette simplicité de la situation, du trait. Je regardais Mon Oncles de Jacques Tati ce matin et j'ai trouvé les deux histoires assez semblables. D'une manière générale, j'ai tendance à rapprocher Tati et Sempé. Et Doisneau aussi, parce qu'ils savent tous capturer un instant simple, drôle et terriblement poétique. Il y a des tas d'autres gens qui font ça très bien aussi, François Morel, Sylvain Chomet mais je ne suis pas ici pour vous étaler ma culture. Fermons la parenthèse, comme j'ai fermé l'album de Sempé.

J'ai continué, je me suis assis en bas du cours Mirabeau, près d'une statue fraîche. Une jeune fille dessinait à côté de moi, je lui ai demandé un stylo et une feuille, elle me les a passés et j'ai griffonné moi aussi. Elle dessinait la scène devant elle, moi je dessinais des personnages imaginaires, comme ça pour rien. Elle était américaine. Puis je lui ai rendu le stylo, j'ai plié la feuille et je l'ai mise dans la poche intérieure de mon blazer. Ma mère arrivait, alors je me suis levé pour aller vers elle. Nous avons acheté des churros que nous avons mangé à quatre en marchant vers la voiture. L'air sentait la nostalgie des dimanches après-midi, ceux qui vous ramènent dans un passé un peu triste, un peu joyeux et vous colle au coeur la mélancolie des lendemains d'école, comme quand on était enfant et qu'on voyait le soleil se coucher. Il fallait faire son cartable, et se coucher tôt. On laissait ses jeux dans un coin de sa tête le temps des classes mais même pendant que la maîtresse nous apprenait les multiplications, ou les affluents de la Seine, on regardait par la fenêtre en rêvassant à un peu tout. Et on devenait pendant un court instant une photographie de Doisneau, un dessin de Sempé, un film de Tati.

lundi 27 septembre 2010

Comme un nouveau départ

17h42 avant ma naissance.
L. a raccroché et on s'est rappelé en arrière pour aller en avant.
Je lis la vie d'une jeunesse désabusée, dorée et désorientée.
Je dessine une vie remplie d'aventures.
J'écris des aventures pour remplir une vie
Je me sens vivant.

Je l'aime.

mercredi 4 août 2010

Les échappées noctaliennes

Comme une effraction inverse. Ouvrir les volets. Touuuut doucement.
Sortir par la fenêtre, et aller dans la rue, à pas de loups
Sentir le froid de la nuit et sentir au ventre ces étranges angoisses que nous procurent les interdits.
Marcher, avec un sourire incontrôlable aux lèvres en regardant les étoiles. N'entendre plus rien, que le bruit de ses pas. Se diriger vers la forêt endormie. Et s'allonger au milieu de cette plaine, où je jouais autrefois et où il m'est récemment arrivé de retourner. Regarder les étoiles en écoutant la forêt dormir, de temps à autre, un animal fait frémir les herbes hautes et un oiseau hulule ou s'envole. Se dire que c'est probablement la dernière fois que je regarde les étoiles comme ça, et rendre sa liberté provisoirement.
Comme une effraction. Refermer les volets. Touuuut doucement.

mercredi 21 juillet 2010

Le craquement de la réalité broyée par l'étreinte de mes désirs les plus fous

Une envie de hurlement, de course à en perdre haleine. Envie de me crever, et de tomber au sol, haletant, et de rester là, à écouter mon cœur battre. Rester là, allongé, à attendre que peu à peu les forces me reviennent. Sentir à nouveau ce vertige, cette chaleur aveuglante qui effaçait tout autour de moi. Je veux me couper et sentir le goût amer du sang sur ma langue. J'ai envie de marteler un corps à coups de poings, jusqu'à me repeindre les bras en rouge. J'ai envie d'enflammer des choses et de voir les flammes danser pour moi. Je veux boire, me forcer à ingurgiter ces goûts que je déteste pour voir revenir à moi des paradis perdus.
J'ai envie de me perdre la nuit, d'avoir peur à en trembler de l'esprit, à en claquer des rêves. Envie de me cacher, de sentir l'angoisse se former en mon ventre en entendant mes poursuivants.
Je veux me risquer à embrasser la Mort et laisser mon sort s'abandonner à ses griffes. Je veux connaître mes points faibles, mes plus profondes écorchures, pour appuyer dessus de toute mes forces. Je suis prêt à connaître les pires tortures pour en ressortir indemne de toutes choses.
Mais de grâce, rendez-moi cet ange

lundi 28 juin 2010

Se faire écraser par le poids des notes

Second mouvement de la Neuvième. Mon préféré. Comme deux lames qui s'enfoncent puis une troisième. Une pluie d'aiguilles qui me poursuit, comme des chevaux pointus.
Je regarde le vide. Et le vide me regarde, m'envahit. Je ne voudrais pas être là. Faire comme Depp, construire une machine volante. Et m'en aller loin. Voler au-dessus des arbres, des maisons, des champs, des eaux, des gens. Et puis sauter. Sentir le vent qui me gifle, comme pour me dire "il était temps que tu te réveilles". Revenir à la vie que je souhaite.

lundi 21 juin 2010

Sentir la peur, avant que tu viennes.

Comme creux. Ca y est, c'est arrivé, je ne dessine plus, je n'écris plus. Je me contente d'être raisonnable à mon insu, et j'écoute la musique des autres. Je ne tape ces lignes qu'au prix d'un effort stupide pour vous dire si vous existez que je suis vivant, ne vous inquiétez pas, l'esprit génial est là, sans aucune idée. Il n'invente plus rien (a-t-il seulement créé quelque chose un jour ?) et se contente de regarder ses dessins d'avant, ses vieilles histoire et celles qui ne se feront jamais finalement. Il se regarde grandir petit à petit, passer dans le monde des un peu plus grands sans rien faire pour s'en empêcher. Il ne dort plus aussi longtemps qu'avant, et passe ces moments d'éveil nocturne à déprimer ou à fixer l'obscurité devant lui. C'est à peine s'il sait à quoi ressemble son avenir proche.
Et il s'en fout. De lui, de son avenir, de ses proches, tout ça peut bien voler en éclat, il s'en fout. L. seule l'intéresse. Mais L. est loin. Non ne vous inquiétez pas, il ne vous écrira pas le nouveau twilight ou un roman à l'eau de rose. C'est juste qu'il est fou amoureux et que ça le change un peu de sa liberté relative, il se rend compte qu'il est plus que jamais enfermé et que sortir de tout ça c'est pas si facile en fait. Il devient lucide (adulte ?)
Il est ridicule. Non ? Si.

mercredi 10 mars 2010

"Fumer Tue"

Un jour que l'ambassadeur du régime nazi visitait l'atelier à Paris de Picasso, il tombait devant une photo de Guernica. Indigné, il demanda au peintre "c'est vous qui avez fait ça ?"

Picasso a répondu "Non, c'est vous."

J'ai entendu cette histoire à la radio. Dans une émission dont le sujet était l'Art.
Je ne suis pas artiste. Je me contente de gribouiller des choses sur quelques carnets, en y ajoutant quelques touches d'aquarelles pour faire comme si. Mais je ne suis pas artiste, je suis comme ces gens qui dessinent des paysages pour passer le temps. Comme ces jeunes qui recopient des images. Je recopie le monde, sans aucune conviction, sans aucune technique, sans aucun but. Juste pour m'occuper. J'ai beau aimer, aduler Cézanne, Van Gogh, Picasso, jamais je ne serai comme eux.
Juste une carcasse animée amoureuse de l'Art et qui va comme une machine faire des traits avec un stylo, un pinceau. Et dire "voilà, je dessine, c'est de l'Art".
J'ai beau ne pas pouvoir vivre sans dessiner, je ne suis pas pour autant artiste. Celui qui vend ses tableaux à la con sur les marchés dessine pour vivre, et pourtant ce n'est pas un artiste. C'est un marchand, au même titre que ceux qui vendent du pain ou ceux qui vendent du savon.
Moi je suis comme ces chanteurs ratés rêvant d'être leurs idoles et n'arrivant finalement qu'à rassembler 20 personnes dans une salle des fêtes. Ils sont tristes, pitoyables et morts avant même d'avoir visité leur cercueil.
Je suis comme ça. Je m'imagine artiste au même titre que Dali, Vermeer, Haring ou Sfar. Je ne suis qu'un garçon qui griffonne sur des bouts de papier le monde comme il peut. En y arrivant plus ou moins selon les instants.

l'Art est mon nom.
Virtuel.

mardi 2 février 2010

"Juste là, entre l'ombre et le bleu, tu verras, y'a un gosse"

Là, au son de -M- et Jack Johnson. Tout doucement, je réalise que l'air est très doux. Qu'il fait bon. Je sens du sable entre mes orteils et le vent chaud qui me murmure de fermer les yeux. De sentir sur ma peau le froid estival. Le silence. Juste le bruit des vagues. Au loin une petite musique, toute minuscule, comme de l'eau qui chante. Je cours, je sens le sable chaud qui s'accroche à chaque pas avant de retomber comme de la soie sur son étendue. La petite musique se rapproche. Une forêt. Je cours, je sens l'herbe qui se plie sous mes pas, tout est frais et baigne dans une lumière bleue et verte. j'arrive dans une clairière, les arbres sont de toutes les couleurs, rouges, jaunes, verts, violets, blancs, bleus, chaque feuille est différente et cette musique, emplit l'espace, emplit mon crâne, m'obsède et m'enchante, je ne peux pas ne pas l'entendre, elle m'oblige à l'écouter et je ne resiste pas, je suis là, au milieu d'une forêt inconnue, et je m'aperçois que cette musique est celle du soleil entre les branches. Il siffle, tournoie, monte, descend, s'amuse et devient lui-même son propre adorateur, fanatique narcissique de son art personnel. Et je le regarde et je le sens s'amuser. Il semble pur, enfantin.

C'est les vacances.

jeudi 28 janvier 2010

"Quand les hommes dansent sur les femmes, est-ce que le bon Dieu ferme les yeux ?"

Un rayon de soleil, du vent, il faisait froid mais je me sentais heureux, je ne sais pourquoi. J'aime bien les vents froids, ça me fait penser à d'immenses étendues d'eau remplies d'animaux légendairement grands. Une falaise. Je vais au sommet, juste au bord, et je regarde l'eau se mouvoir amplement, de grandes ombres apparaissent et disparaissent. Je tends les bras, et comme crucifié, je me laisse tomber dans le Glacial. Je vois tout, clairement. Je ne vois pas le fond, il est dans l'obscurité. Je vois des créatures imaginaires planer dans les ondes, je sens le froid me déchirer la peau. Je nage et il fait toujours plus froid, je sens une ombre passer au dessus de moi, et aperçois un gigantesque léviathan, qui pousse un cri, pareil au chant des baleines, sa voix est telle qu'on en vient à penser qu'elle regroupe toutes les beautés du monde. A ce chant, les autres créatures répondent, par des sons courts, assez aigus. Une harmonie se crée.
Du fond monte une majestueuse vibration, grave et lente comme si le Froid lui-même s'exprimait. Le fond n'était pas dans l'obscurité, c'est uniquement le corps sombre d'une créature dont je ne percevais qu'une infime partie, qui sait à quoi elle ressemble, cette Muse dont le corps semble s'alanguir sur la terre entière.

jeudi 7 janvier 2010

Ne vous déplaise..

"Moi ce que j'aime chez Gainsbourg, c'est surtout le personnage" m'a-t-elle dit.
C'est vrai, moi j'aime les deux, personnage et chanson. Gainsbourg ou Gainsbarre, qu'importe, j'aime les deux. Même si je préfère la voix de ses premières chansons, mais ça on s'en fout. Il a neigé, maintenant il pleut, demain il y aura du verglas, et des heures de dodo en plus.
J'arrive plus à dessiner, ça y est. Peut-être parce que je fais plus comme d'habitude, on se lasse vite du stylo bille noir. Et pourtant, je dois trois ou quatre dessins à des gens. Enfin bon, j'essaierai de me retrouver. J'écris surtout en ce moment, et du coup j'oublie de vous écrire alors que pourtant c'est seulement ici que vous trouverez de l'intérêt à ce que j'écris, ou pas, enfin que vous pourrez lire des écrits puisqu'ici c'est publique.
J'ai toujours eu un rapport assez mauvais avec le temps, j'aime pas grandir. Et j'ai réalisé il y a peu que je sais absolument pas où je serai dans 30 ans, que je ne verrai peut-être plus tous les gens que je vois aujourd'hui depuis longtemps, je serai sur les routes, ou dans un métier à la con, suivant si j'ai changé ou pas. Je serai peut-être mort, cancer, accident, suicide, meurtre, c'est pas les occasions qui manquent. Ça me fait bizarre, ce flou.

Oui, ce soir j'ai décidé d'écrire mes états d'âme, même si ça vous plaît pas (d'où le titre).
Je suis fou amoureux. J'ai peur de Demain. Je regrette Hier. Je veux un chocolat chaud à l'ancienne. J'ai envie de tourner des films, j'ai envie de prendre des photos, de finir un livre, de hurler à m'en faire péter la voix, de jouer sur scène, de saluer sous les applaudissement, de mourir pour voir ce que ça fait, de m'échouer sur des quais de gare, de devenir mousse sur un bateau, d'enfiler le costume de Spider man pour voir ce que ça fait, d'aller à des concerts, de jouer de la guitare avec et devant des gens, j'ai envie de vivre, j'ai envie d'aller à la mer, j'ai envie de voyager, j'ai envie de dormir, j'ai envie de tomber, j'ai envie de ressentir plein de trucs, j'ai envie d'avoir une vie de bohème, j'ai envie de faire des dessins poétiques, j'ai envie d'L., j'ai envie de me perdre quelque part, j'ai envie de prendre l'avion au moins une fois, j'ai envie de vomir, j'ai envie de rire, j'ai envie de pleurer, j'ai envie de tout ça, et de plein de trucs encore, mais je les oublie.

Je veux être un écrivain célèbre, un comédien talentueux, un artiste torturé, un musicien fou.
Alors vous pensez bien que la couleur de mes caleçons, je m'en fous.

mercredi 6 janvier 2010

C'est peut-être qu'un bête chocolat à l'ancienne, mais jamais j'en reboirai d'aussi bon.

Parce qu'au-dessus de cette tasse j'avais eu un sourire d'enfant. Qui venait agrandir un sourire con.