lundi 24 janvier 2011

Un petit pot en bois où il rangeait tous ses souvenirs

Et ils tournent et tournent et tournent, les deux danseurs amoureux, ils valsent et s'éloignent, se rapprochent et s'enlacent au son de la septième, la descente au piano, un deux trois un deux trois un deux trois un deux trois, ils ne se quittent pas des yeux les deux enfants, quel âge ont-ils ? Sept ans ? Douze ? Vingt ? Soixante ? Le Temps ne les prend pas, il observe la scène, amusé, et touché, comme tous les spectateurs, et les danseurs, immortels voient passer et revenir les années, enfants, lorsqu'ils cueillaient des mûres dans la campagne à côté de la maison familiale où ses parents à elle et ses parents à lui passaient les vacances ensemble. Adolescents, lorsqu'au sortir des jeux insouciants ils s'embrassaient à l'ombre des peupliers, les pieds nus dans l'herbe frôlant la rivière. Elle jeune femme et lui jeune homme, dans son beau costume d'ingénieur et elle dans sa robe d'été quand ils se retrouvaient sur un quai de gare et s'enlaçaient en riant au nez des jours de pluie. À l'heure où la fougue devient sagesse et où les marronniers se teintent d'or et de pourpre, quand dans les allées du parc, ils marchent main dans la main, toujours amoureux, un sourire mélancolique, triste que cela doive finir bientôt et heureux d'avoir vécu l'un aux côtés de l'autre. Ils valsent, les deux amoureux, ils tournent et tournent et tournent, se rapprochent et s'enlacent au son de la septième, qu'un monsieur appelé Frédéric a composé il y a longtemps, comme pour qu'ils puissent être heureux

lundi 17 janvier 2011

Now Peter !

Des pas. Qui se rapprochent. Une course rapide. C'est l'automne et les ruelles qui la journée restent calmes se mettent à rire, à crier, à parler fort et à courir. On vient de terminer l'école. Les serviettes en cuir sont balancées dans les caniveaux et les culottes courtes s'arrêtent uniquement pour jouer aux billes. Les terrains vagues sont envahis par des groupes de copains qui jettent leurs cartables dans un coin avant de s'amuser à se bagarrer pour de rire. Puis on rentre. Et maman nous gronde, parce que t'as vu l'état de ta chemise et de tes souliers ? On voit bien que c'est pas toi qui fais le ménage et que si ça ne tenait qu'à elle et si y'avait pas le qu'en dira-t-on de madame Pinchard, elle nous laisserait sortir comme ça, pour nous apprendre à prendre soin de nos affaires non mais, allez, file dans ta chambre et va repasser tes leçons, et mets un pyjama propre. Et va te laver les mains et la figure, et passe-toi un coup de peigne, on se demande bien chez qui tu as été élevé.
Puis papa nous fait repasser nos leçons, 1515 n'est pas la mort de Charlemagne et 8x12 ne sont pas égaux à 124. On l'avait pas volé celle-là. Qu'importe, on deviendra mousquetaires, et un mousquetaire n'a pas à se soucier des chiffres, il se contente juste de se battre à l'épée contre les fâcheux et les maroufles et sauve les jolies demoiselles, au fond, pourquoi on voudrait faire autre chose ?

dimanche 16 janvier 2011

Entre chien et loup

Tous les trois dans le salon, installés sans un bruit. La nuit commence à tomber. C'est une chaude nuit du début de l'été, le dernier jour d'école, le dernier jour de travail avant deux longs mois de vacances. La télévision diffuse sa lumière bleutée dans la pièce et le son a été baissé au point de la rendre muette. Bientôt, Papa rentrera et ils fêteront le premier soir des vacances. Chloé est allongée par terre, un livre devant elle, Maman est assise dans un fauteuil face à l'écran et le petit Théo, qui n'a que deux ans est assis dans son parc, parmi ses jouets. Ils ont baissé le son pour entendre arriver Papa et lui faire une surprise: ils lui ont fait un gâteau. A l'heure du chien et du loup, le bruit d'une voiture se fait entendre, et Papa arrive enfin. "Hého ?" fait-il, un sourire aux lèvres, l'anniversaire surprise en famille est devenue une sorte de tradition, qui ce soir est couplée à l'arrivée des Grandes Vacances. Il s'avance dans le salon et les voit. Chloé, deux balles dans le dos et le crâne éclaté est allongée par terre, un livre devant elle, Maman, dévêtue, le corps portant de nombreuses traces de coups est dans le fauteuil, la mâchoire arrachée, face à l'écran et le petit Théo, qui n'a que deux ans est assis dans son parc, parmi ses jouets, le crâne enfoncé et une mare de sang entourant son petit corps.
Papa entend alors une voix derrière lui, qui lit la banderole colorée que sa petite famille s'est appliqué à faire en rentrant de l'école "Happy Birthday to you, et joyeuses vacances, Papa"

dimanche 2 janvier 2011

"Prendre un bain de minuit dans le grand océan"

Entouré de livres, d'une boîte d'aquarelle et c'est tout. Il n'était pas très âgé, cinq ans, six tout au plus. Éclairé par une petite chandelle qui était la seule source de lumière qu'il ait jamais connu, le petit garçon conversait avec les anges, enfermé dans une pièce poussièreuse qu'il considérait comme son refuge. Vincent n'avait jamais connu que ça, cette petite pièce hors du temps. Elle était sûre, chaleureuse et vous protégeait du reste du monde. Il s'asseyait au centre de la pièce et regardait la flamme de la bougie qui dansait. Et il lui parlait, lui racontait ses craintes, ses peurs, ses doutes et ses certitudes et la flamme l'éclairait du mieux qu'elle pouvait, ça lui suffisait à Vincent, il n'avait jamais connu que ça.
Un jour que le petit garçon se réveillait dans son antre, parmi ses bouquins. Une porte était apparu dans un angle de la pièce. Pas très grande, en bois sombre. Il fallait vraiment vouloir regarder pour savoir qu'elle était là, on ne la voyait pas en un coup d'oeil et la chandelle n'en éclairait qu'une petite partie. Vincent s'approcha et posa la main sur la poignée. Elle était glacée mais il avait envie de pousser cette porte. Son refuge, sa tanière ne lui suffisait plus, il voulait voir autre chose que la douce étreinte de l'ombre qui le berçait le soir et le faisait s'assoupir, un livre dans la main. Il voulait enfin avoir quelque chose à faire avec sa boîte d'aquarelle. Il poussa la porte. Soudainement, une immense lumière éclaira la pièce, venant du Dehors. Il fit un pas vers la Lumière et se retourna une dernière fois vers son Secretoire. Et il vit la véritable apparence des choses. Ses livres étaient imprimés à l'envers ou bien ne consistaient qu'en des pages blanches. Le sol était couvert de poussière, les murs de toiles d'araignées. L'obscurité qu'il avait aimé comme une mère avait disparu et il se trouvait là, face à la Vérité. Il avança vers la Lumière, avec son aquarelle et son chandelier.